Texte libre 2

Dans le jeu de la vie, la distribution des rôles n'a lieu qu'une fois : à la naissance. Et le nombre de personnages possibles est plus limité que dans la comedia del arte. Homme ou femme. Mâle ou femelle. Aussi est-il tentant d'en tirer une conclusion pour l'interpétation globale du Yi-King. Il nous renseigne sur la réalité avec une acuité bien supérieure à la conception occidentale qui trop souvent, présente cette réalité comme un facteur intangible, extérieur à l'humain. Or nous sommes persuadé qu'il n'existe de réalité, que pensée, imaginée ou rêvée. Il n'existe pas de réalité sans une théorie, fut elle basée sur la superstition, la religion, l'illumination poëtique, ou la science.

Par conséquent, si le Yin et le Yang permettent à eux seuls d'expliquer l'univers, ce n'est pas au prix d'une simplification du réel, mais bien au contraire au prix d'un ajustement judicieux de la théorie du réel à cet incontournable fait : tout humain est homme ou femme. Le symbole du tao parachève cette juste vision en insistant sur la non séparabilité de ces deux notions. L'un ne peut exister sans l'autre.

D'ailleurs, les hexagrames les plus « favorables » sont ceux où la plupart des lignes sont à « leur » place. Les yang lumineux et mâles sur les rangs impairs, les yins, obscurs (comme la promesse d'abri d'une grotte), et femelles sur les rangs pairs. J'en déduis donc, au risque de m'attirer les foudres des adeptes même du Yi-King que si l'oracle est puissant, si le Livre des Mutations donne un si clairvoyant symbole de l'Univers, c'est par son adéquation aux qualités cognitives humaines.